15 juillet 2009

Pourquoi Martine Aubry sanctionne-t-elle Manuel Valls ?

logo_rainbow rose.jpgAbasourdi et dépité sont les deux premiers mots qui me viennent à l'esprit en lisant le contenu du courrier de Martine Aubry à Manuel Valls. Cette lettre de la Première Secrétaire sonne comme une exécution en règle et sans sommations, à moins que ce soit le Parti Socialiste lui-même qui soit porté à l'échafaud !

Ainsi donc, Martine Aubry rappelle que : « S'engager dans un Parti, c'est un acte d'adhésion à des valeurs et des pratiques communes, mais c'est aussi - qui plus est dans un parti démocratique comme le nôtre-, accepter de débattre en son sein, d'y apporter ses idées et ses réflexions, et lorsque la décision est prise de la respecter et la porter dans l'opinion. » et choisi dans le même temps de signifier à Manuel Valls (et aux militants et sympathisants qui le soutiennent) qu'il ne dispose que d'un seul droit : celui de la fermer !

Elle poursuit par : « On ne peut utiliser un Parti pour obtenir des mandats et des succès, en s'appuyant sur la force et la légitimité d'une organisation collective, et s'en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n'appartient pas à un Parti pour s'en servir mais pour le servir. Les militants et même les français exigent de nous du travail, du courage et des idées. ». Ravi de lire qu'être membre du PS n'est pas fait que pour obtenir des mandats et des succès. Faire de la politique n'est donc pas un métier. Certains de nos élus qui squattent le haut de l'affiche depuis plusieurs décennies seront désormais tenues de s'en souvenir. Je suis par contre très surpris de lire qu'être membre du PS implique de servir l'appareil plutôt que les français eux-mêmes !

Le passage sur « Les militants, eux, ont un souhait, c'est que tu mettes ton intelligence et ton engagement au service du Parti et donc des Français. Tes propos, loin d'apporter une solution, portent atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants, qui aujourd'hui travaillent à retrouver la confiance avec nos concitoyens » relève en revanche d'une profonde imposture intellectuelle. Nombre de militants se sentent au contraire presque soulagés qu'un éléphanteau tienne la dragée haute aux anciens et qu'il porte une parole en phase avec les réalités vécues dans la France d'en bas. Je fais partie de ces militants -et de nombreux autres français de gauche- qui remercient Manuel Valls de leur faire croire dans une autre réalité implacable de celle d'une réélection dans un fauteuil de Nicolas Sarkozy en 2012 !

Sans doute la phrase « Tu donnes l'impression d'attendre, voire d'espérer la fin du Parti Socialiste. » résonne comme une étrange réalité aux oreilles de Martine Aubry. Espérer la fin du Parti Socialiste ? Mais le Parti Socialiste, le vrai, celui qui faisait rêver de nombreux français, celui qui était porteur d'une certaine conception de la France, ce Parti Socialiste là existe-t-il toujours ? Le fait que nombre de militants ont avoué avoir préféré voter Europe Ecologie plutôt que PS aux élections européennes ne confirme t-il pas qu'ils doutent d'un sauvetage du Parti ?

La fin du courrier peut presque être jugé comme anticonstitutionnelle : « Mon cher Manuel, s'il s'agit pour toi de tirer la sonnette d'alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste. Je ne peux, en tant que première secrétaire, accepter qu'il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. La discipline n'est pas la police des idées, mais la condition de la cohésion et de la réussite d'une équipe. C'est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d'en assumer toutes les conséquences pour l'avenir. ». C'est un remake étrange de « la valise ou le cercueil » de sinistre mémoire pour les rapatriés d'Algérie. La fermer ou être placardisé ! Si Martine Aubry pense les mots qu'elle à écrit alors elle doit se poser elle-même certaines questions. Interdire à un élu ou un militant d'avoir son propre libre arbitre ou de penser reste contraire à nos fondamentaux. Appliquer d'éventuelles sanctions à Manuel Valls à la seule raison qu'il s'exprime librement, c'est tuer purement et simplement ce qui reste de l'idéal socialiste !

Au regard du ton condescendant employé par Martine Aubry, je ne suis pas étonné qu'elle soit soutenue par les tontons flingueurs, gardiens du dogme socialiste, qui ont conduit aujourd'hui l'un des parti politique majeur de notre pays à être déserté par les électeurs.

Martine Aubry a tenu à rappeler le formidable travail engagé lors du séminaire de Marcoussis début juillet. Ayant participé à la réflexion en envoyant un texte très personnel, je ne peux que m'en réjouir. Je regrette simplement que même cet événement là soit passé inaperçu et qu'aucun compte rendu n'ai été communiqué.

Restant un inconditionnel de la pensée des Pères fondateurs du socialisme comme Jean-Jaurès ou Léon Blum, je digère mal que leurs descendants n'en soient pas les dignes héritiers et qu'ils décident aujourd'hui d'appliquer la Loi du Talion.

Soutenir les propos de Martine Aubry c'est renoncer et se résigner. Manuel Valls appelle à une insurrection militante, donc une fois de plus, je me range du côté des insurgés pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être au Parti Socialiste.

Régis Sada

 

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