24 juin 2009

Pourquoi Nicolas Sarkozy s’est contenté d’une simple émotion pour les prisons ?

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Lors de son discours devant les Parlementaires réunis en Congrès à Versailles, le Président de la République a évoqué très succinctement les conditions de détention dans notre pays. Au détour d'un passage fourre-tout sur le bilan des libertés dans notre pays, Nicolas Sarkozy a conclu par le bref passage suivant :

« Le débat sur la liberté ? C'est aussi le débat sur la sécurité, sur les prisons. Qu'elle est la liberté de celui qui a peur de sortir de chez lui ? Qu'elle est la liberté pour les victimes si leurs agresseurs ne sont pas punis ? Comment peut-on parler de justice quand il y a 82000 peines non exécutées parce qu'il n'y a pas de places dans les prisons ?

Comment accepter à l'inverse que la situation dans nos prisons soit aussi contraire à nos valeurs de respect de la personne humaine. La détention est une épreuve dure. Elle ne doit pas être dégradante. Comment espérer réinsérer dans la société ceux qu'on aura privés pendant des années de toute dignité ?

L'état de nos prisons, nous le savons tous, est une honte pour notre République quel que soit par ailleurs le dévouement du personnel pénitentiaire Il nous faut construire des places de prisons et d'hôpitaux pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques. C'est une nécessité pour la liberté de tous. C'est une nécessité morale. »

La première partie liée au débat sur la liberté apparait comme surprenant. Un douteux mélange des genres qui lie le droit des victimes, aux lenteurs de la Justice française et un manque de place dans nos établissements pénitentiaires. C'est sans doute une façon bienveillante pour Nicolas Sarkozy d'exonérer sa Garde des Sceaux en partance,  Rachida Dati, en omettant de pointer du doigt son passage chaotique au Ministère de la Justice comme l'a souligné régulièrement l'un de ses célèbres prédécesseurs Robert Badinter.

Qu'elle est la liberté de celui qui a peur de sortir de chez lui ? Sans doute de bénéficier d'effectifs de police en suffisance dans sa ville ou son quartier, de manière à ne pas avoir l'impression d'être un oublié du droit à la sécurité !

Qu'elle est la liberté pour les victimes si leurs agresseurs ne sont pas punis ? Sans doute un bien cruel aveu d'échec pour celui qui a été Ministre de l'Intérieur puis Président en exercice depuis 2 ans, et qui ne cesse de promettre et de jurer qu'aucun crime, qu'aucun délit ne restera impuni !

Comment peut-on parler de justice quand il y a 82000 peines non exécutées parce qu'il n'y a pas de places dans les prisons ? Sans doute une surprise lorsque la réforme de la carte judiciaire initiée et tant décriée par les acteurs de la Justice eux-mêmes est en cours d'application, et que le principe de mise en place des peines alternatives (bracelets électroniques par exemple) souffrent de lenteur faute de crédits alloués suffisants !

La deuxième partie a visé directement l'état réel des prisons en France. La patrie des Droits de l'Homme si prompt à donner des leçons de morale au monde entier se trouve bien dépourvue maintenant qu'elle culmine en tête des pays où les prisons sont les plus insalubres !

La « honte de la République » s'affiche désormais au grand jour.

« Il nous faut construire des places de prisons et d'hôpitaux pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques. C'est une nécessité pour la liberté de tous. C'est une nécessité morale. » Oui, bien sûr, mais la seule construction de places de prisons et d'hôpitaux n'est pas la seule réponse à apporter à la situation. La nécessité morale voulue par le Chef de l'Etat, commence par assurer les détenus de conditions de détention descentes et passe par un recrutement -massif- d'un personnel pénitentiaire qualifié et adapté aux individus privés de liberté. Commençons déjà par une classification juste et équitable des détenus.

Le seul point essentiel de cet encart présidentiel demeure cette question posée : « Comment espérer réinsérer dans la société ceux qu'on aura privés pendant des années de toute dignité ? »

En dehors des considérations matérielles, la véritable question de fond du problème de la détention c'est celle-ci !

Oui, la détention doit demeurer une punition pour celui ou celle qui n'a pas respecté la règle.

Oui, la détention ne doit pas être une période de loisirs.

Mais la période passée derrière les barreaux ne doit pas être inerte de tout projet et de toute possibilité de réintégration dans la société. La moyenne de récidive en France était de 41% en 2008. Elle impose donc une réponse urgente de l'Etat. L'accès à l'éducation, à la culture et au travail seront dans tous les cas des alliés indispensables pour pallier aux insuffisances actuelles.

Régis Sada

 

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