23 juin 2009
Pourquoi la Burka relance le débat de la laïcité ?
Lors de l'intervention de Nicolas Sarkozy devant les Parlementaires réunis en Congrès à Versailles, l'un des sujets les plus attendu était la prise de position du Chef de l'Etat sur le port de la Burka (ou Niquab) par certaines femmes musulmanes.
Extrait de cette intervention sur le sujet :
"Où en sommes-nous avec la laïcité ?
Je ne réemploierai pas le terme de laïcité positive pour ne pas alimenter une polémique inutile. Mais je reste ferme sur l'idée que la laïcité ce n'est pas le refus de toutes les religions, ce n'est pas le rejet du sentiment religieux. C'est un principe de neutralité et un principe de respect. La laïcité c'est le respect pour toutes les opinions et pour toutes les croyances. Quand Jules Ferry a écrit aux instituteurs, il leur a dit :
« Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il nous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire. »
Qui peut oublier que la séparation de l'Eglise et de l'Etat s'est faite dans la douleur ? Mais sommes nous obligés de continuer cette guerre qui n'a plus lieu d'être ? Nous ne sommes pas menacés par le cléricalisme. Nous le sommes davantage par une forme d'intolérance qui stigmatise toute appartenance religieuse. Je le dis en pensant en particulier aux Français de confession musulmane. Nous ne devons pas nous tromper de combat. Dans la République la religion musulmane doit être autant respectée que les autres religions.
Le problème de la burka n'est pas un problème religieux. C'est un problème de liberté et de dignité de la femme. Ce n'est pas un signe religieux, c'est un signe d'asservissement, c'est un signe d'abaissement.
Je veux le dire solennellement, la burka n'est pas la bienvenue en France. Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n'est pas l'idée que nous nous faisons de la dignité de la femme. Le Parlement a souhaité se saisir de cette question. C'est la meilleure façon de procéder. Il faut qu'il y ait un débat et que tous les points de vue s'expriment. Où ailleurs qu'au parlement pourrait-il mieux s'exprimer ? Mais je vous le dis, nous ne devons pas avoir honte de nos valeurs. Nous ne devons pas avoir peur de les défendre."
Nous sommes ici à la frontière de ce que l'Etat doit faire et de ce que l'Etat peut faire. Nous sommes ici à la frontière de ce qu'est la République en France et ce que doit être la République en France. Nous sommes ici à la frontière de que la liberté des uns ne se fasse pas au détriment de celle des autres.
Certains ont marqué leur soutien de Nicolas Sarkozy à travers sa phrase « Je veux le dire solennellement, la burka n'est pas la bienvenue en France ». D'autres, comme moi, se demande si Nicolas Sarkozy peut affirmer une telle chose au nom de la France, au nom du Peuple qu'il incarne par leur mandat qui lui a été donné.
Qui sommes nous pour juger que le port de ce voile intégral qui ne laisse entrevoir que les yeux est inacceptable ? Qui sommes nous pour juger que le port de ce même voile n'est pas un juste reflet de la liberté ou de la volonté de ces femmes de se préserver du regard des hommes ?
La burka dérange et heurte les consciences d'une société bien perturbée. Elle dérange car elle est visible et qu'elle renvoi une image négative de la femme. Une image d'épouse soumise et acquise aux décisions de son mari.
Les musulmans de France reconnaissent eux-mêmes que les femmes portant la Burka ne représentent qu'une poignée de fidèles. Un chiffre de 2.000 est annoncé aujourd'hui. La communauté musulmane s'interroge et est elle-même très partagée sur la question. Certains estiment que cela donne une fausse image de la pratique de l'Islam, d'autres brandissent la volonté de jeter une nouvelle fois l'opprobre sur leur communauté.
L'association Ni Pute Ni Soumise soutien avec force l'idée d'un grand débat national sur la question en rappelant que depuis sa création son combat se concentre sur la dégradation de la condition féminine et la montée de l'obscurantisme dans les quartiers populaires. Elle estime que les femmes portant la Burqa sont des prisonnières à ciel ouvert.
Mais dans cette société bien d'autres choses sont dérangeantes et bien visibles. Sur ces points là, nous sommes nombreux à trouver que l'Etat n'assume pas ses devoirs et qu'elle laisse aux autres le soin de gommer ses propres erreurs.
Le débat devra être mené. Dans une République qui affirme sa volonté de faire appliquer les principes de la liberté et de l'égalité pour tous, aucun débat ne peut-être tabou. Faut-il en passer obligatoirement par une loi pour interdire le port de la Burqa, et ainsi repousser ce problème derrière les murs des maisons et des appartements ? Ou faut-il au contraire souhaiter que la question se règle sous l'égide du Conseil Français du Culte Musulman et ainsi, laisser la communauté musulmane gérer seule ce point délicat ?
Un sujet extrêmement sensible et complexe qui place tous les citoyens face à un devoir de conscience. Pour ma part, je ne peux que souhaiter que de la retenue et de la prudence.
Ce débat là en appelle un autre qui n'a à ce jour jamais été tranché : est-on certain que la société française porte un regard égal sur toutes les pratiques religieuses ? Si le judaïsme bénéficie d'une omerta convenue due égard aux persécutions vécues durant la seconde guerre mondiale, l'Islam elle a toujours posé un problème en France car jamais acceptée dans les faits et si souvent stigmatisée.
Le jour où Nicolas Sarkozy s'est rendu au Vatican pour recevoir le titre de Chanoine d'honneur de Saint-Jean-De-Latran dévolu au Chef de l'Etat français, et qu'il a prononcé un discours bien anti-républicain à mon goût, je ne suis pas certain qu'il ai envoyé un signal positif sur ce que doit être une République laïque affirmée qui laisse la religion là où elle doit demeurer : dans la sphère privée.
12:32 Publié dans Pourquoi ça existe ? | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, congrès, sarkozy, islam, burka, republique, laicité







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