24 mars 2009
Pourquoi le printemps des libertés rend Manuel Valls mélancolique ?

« Printemps des libertés : Préférer l’éthique à l’épique » c’est le titre du texte qu’a fait paraitre le Député-maire PS d’Evry Manuel Valls sur son blog samedi dernier, au moment où le Parti Socialiste tenait son meeting sur le même thème demi-teinte au Zénith de Paris devant une salle de 1.500 militants contre 3.000 espérés.
Cette réunion beaucoup commentée et largement comparée à celle tenue quelques mois plus tôt par Ségolène Royal, était la suite annoncée d’un ouvrage édité par le Parti Socialiste « La France en libertés surveillées – la République en danger » qui dresse un constat acide des actions menées par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée à l’Elysée.
Manuel Valls exprime son sentiment sur cet ouvrage en refusant – une fois de plus – que le PS sombre selon ses propres termes dans le « gauchisme infantile ou l’anti-sarkozysme obsessionnel ». Il prend également clairement position contre certaines décisions liées à la future loi pénale, à la politique d’immigration, l’approche managériale des débats du Parlement ou encore le faux choix entre la liberté et la sécurité. Toutefois, il nuance l’éventuel mouvement de régression des droits ou un quelconque risque d’étouffement des contre-pouvoirs reprochés au Président de la République par le PS.
Selon Manuel Valls, cette croisade menée contre Nicolas Sarkozy est l’arbre qui cache la forêt d’une opposition qui peine à se reconstruire et qui souffre de ses défaites répétées aux différents scrutins nationaux. Depuis la parution de ce texte, le Députée de l’Essonne reçoit de chaleureux encouragements (plutôt à droite) et de sévères remontrances (plutôt à gauche). Un texte aussi commenté est déjà en soi une forme de réussite.
En socialiste-libéral revendiqué je ne joindrais pas ma voix à certains de ses détracteurs qui n’ont pour seul argument à opposer à Manuel Valls son adoration pour Nicolas Sarkozy ou sa dérive droitière. Certaines de ses thèses viennent appuyer le texte que j’ai écrit en 2005 dans un ouvrage commun « Pour une République de droits et de devoirs ».
Oui, le Parti Socialiste (et la gauche en général), ne peut plus se payer le luxe d’un repli identitaire qui l’amènera à siéger dans l’opposition pour les vingt prochaines années. Les français attendent plus que de vagues incantations et de permanentes dénonciations. Ils sont devenus exigeants et beaucoup aspirent voir l’émergence d’un PS aussi audacieux que celui qui a conduit François Mitterrand aux portes de l’Elysée en 1981.
Cette audace érigée en forme de courage politique, lui permettrait sans doute d’être mieux « armé » pour endiguer l’inflation d’Olivier Besançenot et du NPA au sein de ce peuple de gauche perdu au milieu d’un océan de désillusions passées et d’espérances futures.
Oui, Manuel Valls a raison d’encourager les socialistes à repenser les réponses qu’ils souhaitent apporter aux français sans tomber dans une bataille de clichés souvent passéistes ou en niant certaines évolutions de la société. Il est à ce jour l’un des rares responsables au niveau national à s’élever contre la pensée socialiste unique qui a fini par ravager tant les esprits de ses militants que le Parti lui-même.
Mais dans le même temps, Manuel Valls ne doit pas sous-estimer tout le « mal » que Nicolas Sarkozy fait à la France lorsqu’il fait adopter des mesures mal ficelées pour répondre à l’émotion du moment où lorsque certaines de ses postures font rejaillir des débats d’un autre temps qui jettent les français du haut contre ceux du bas.
La vision tout sécuritaire, des propos à l’emporte pièce, des positions parfois litigieuses vis-à-vis d’une laïcité pourtant revendiquée, un déballage malsain de richesses camouflées (le style bling-bling) ou le retour souhaité à un ordre moral tant au niveau culturel qu’à celui des media, ne sont pas des signaux positifs à envoyer à un Peuple qui souhaite voir des réformes à engager par nécessité, mais qui aspire avant tout à être respecté par celui qui a été élu pour incarner le juste équilibre entre tradition et modernité.
Le PS a sans doute volontairement noirci le trait de certains points dans son ouvrage sur les libertés, se renvoyant ainsi le reflet de certaines de ses erreurs passées. Nicolas Sarkozy ne peut être tenu responsable de tous les maux dont la France souffre aujourd’hui, mais je doute du caractère bénéfique du fait de tout accepter, de dire Amen à toutes les décisions ou à considérer que les français payent, au final, le juste prix des réformes non engagées dans le passé.
Le Zénith du PS est un joujou politicien trop intellectuel et mal pensé. Son échec est le résultat d’une chronique annoncée. En pleine crise mondiale et au moment où les français sont confrontés à un nouvel épisode de chômage de masse, seules les considérations liées à la consommation et au sauvetage des emplois trouvent un écho favorable.
Les libertés sont certes grignotées mais ne sont pas en danger. Elles sont à l’image d’une politique du moment. D’autres moments plus favorables viendront. Nicolas Sarkozy procède à des tests sans jamais aller complètement au fond des choses. Non par renoncement, mais en ayant conscience que la France de mai 2007 n’est plus celle de 2009, et que dans un période aussi trouble les français sont capables de bien des révolutions…
16:38 Publié dans Pourquoi politiser ? | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, manuel valls, ump, sarkozy, libertés







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