15 janvier 2009

Pourquoi si t’es « PD » ton sang reste suspect ?

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Pour beaucoup de lecteurs le titre de ce post volontairement provocateur semblera déplacé. C’est toutefois le sentiment qui m’anime après la décision du Ministère de la Santé d’appliquer la directive européenne imposant aux Etats membres la rédaction d’un arrêté sur la sélection des donneurs de sang.

Cette décision intervient au moment même où comme tous les ans à pareille époque, l’Etablissement Français du Sang tire le signal d’alarme devant la baisse constante des dons alors que les besoins sont en plein essor.

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot justifie la décision d’écarter –une nouvelle fois- de la liste potentielle des donneurs potentiels les hommes homosexuels estimant qu’après une étude menée par des experts et des agences sanitaires, les résultats épidémiologiques attestent qu’entre 10% et 18% des gays sont contaminés contre 0,2% chez les hétérosexuels. Appliquant le principe de précaution devant un risque trop élevé, les homosexuels français ne peuvent donc pas donner leur sang.

Je ne jette pas l’opprobre sur Roselyne Bachelot qu’aucune association LGBT ne pourra taxer d’homophobe. Elle a en de nombreuses occasions comme sur le PACS ou dans l’affaire de Christian Vanneste, apporté courageusement un soutien inconditionnel à la cause homosexuelle. Je n’aimerais pas être à sa place. C’est aussi cela parfois, assumer les responsabilités qui sont les siennes.

Non, je n’exprime ici que de profonds regrets car j’ai moi-même subi cette interdiction en deux fois lorsque j’ai souhaité donner mon sang, extrêmement rare, un sang B négatif. Ma grand-mère paternelle était AB négatif (1% de la population mondiale) et comme mon père je suis du groupe B négatif (2% de la population mondiale).

Le don du sang est une tradition familiale. A 35 ans à peine, mon frère ainé est médaille d’or du don de sang….comme mon père. Donner son sang relève d’un acte civique et solidaire. Je souffre d’être empêché d’avoir la fierté de donner mon sang sans assumer ma sexualité.

Le Portugal vient de lever cette contre-indication, la France elle une nouvelle fois rechigne ! Que faut-il donc penser de ces donneurs potentiels que l’on refoule par centaines en laissant planer le doute sur la qualité du sang qu’ils souhaitent donner ?

« T’es PD donc t’es potentiellement contaminé ! » : celle-là on ne me la fera pas avaler. Joli message adressé qui favorisera sans doute la lutte contre les discriminations. Ce climat entretenu de perpétuelle suspicion nous ramène à une époque pas si lointaine où la sélection rimait avec épuration. Non, cette France qui juge, je ne l’aime vraiment pas !

Régis Sada

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