19 décembre 2008

Pourquoi et comment la prison en France ?

fleury merogis.jpg

 

 

Patrick Marest, délégué général de l'Observatoire international des prisons (OIP) a répondu à un chat sur Le Monde.fr. Ci-dessous une sélection de quelques questions/réponses :

 

INTEGRALITE DU CHAT SUR LE MONDE.FR

 

Isabelle : La vidéo diffusée par Le Monde.fr sur Fleury-Mérogis donne une image assez crue des prisons. Correspond-elle a une réalité des prisons françaises, ou y a-t-il des lieux plus problématiques que d'autres ?

 
Patrick Marest : La réalité filmée par des détenus est celle, malheureusement, à quelques détails près, qui prévaut pour les détenus qui vivent dans un établissement surpeuplé, ce qui est le cas de 70 % des établissements en France.

 

Yoann : La situation est-elle pire en France que dans les autres pays européens ?

 

Patrick Marest : Les dernières données comparatives font état d'une augmentation du taux de détention français de 25 % en cinq ans, qui n'a pas d'équivalent en Europe. Par ailleurs, la France se distingue par deux données : ses prisons sont celles dont on s'évade le moins en Europe, mais aussi celles où l'on se suicide le plus.

 

Jean-Marie : Pourquoi faudrait-il "améliorer" le sort des prisonniers ? N'est-ce pas un lieu de sanction ?

 

Patrick Marest : Aucune condamnation, et a fortiori aucun placement en détention provisoire, ne justifie au regard de la loi la nécessité d'infliger une souffrance, une humiliation ou un mauvais traitement. Tous les détenus ont vocation à réintégrer la collectivité, il est de l'intérêt de la société que ces personnes ressortent dans un meilleur état que quand elles sont entrées.

 

Améliorer leurs conditions de détention ne vise pas tant à leur garantir des conditions matérielles confortables qu'à les rendre décentes et compatibles avec les engagements internationaux de la France et le respect inhérent de la dignité que l'on doit à toute personne.

 

Anatole_Espiet : Quels sont les organismes chargés de contrôler les prisons ? Sont-ils libres de leurs mouvements ou sont-ils "guidés", limités à ce qu'une direction accepte de montrer ? Ont-ils un réel pouvoir de contrôle ?

 
Patrick Marest :
Outre les contrôles internes du ministère de la justice ou de l'administration pénitentiaire, interviennent en détention tous les corps d'inspection des autres administrations concernées. Par exemple l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) pour le domaine de la santé.

 

Par ailleurs, des instances indépendantes ont été créées, comme la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité), ou plus récemment le contrôleur général des prisons. Ce qui acte un contrôle efficace, c'est l'indépendance que confère un regard extérieur.

 

Jean-Marie Delarue, le contrôleur des prisons, incarne la plus haute forme de ce contrôle. Il a commencé ses travaux. Ses recommandations sont attendues.

 

Espérons que le ministère de la justice aura vis-à-vis de celles-ci une autre attitude que celle à laquelle il nous a habitués vis-à-vis des rapports des instances du Conseil de l'Europe ou de la CNDS. C'est-à-dire, généralement, une fin de non-recevoir.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://aveclesmotsderegissada.hautetfort.com/trackback/1956525