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25 octobre 2007

Pourquoi j’écris ma lettre à Guy Mocquet ?

4d3ab920836a6d85d9ca9f05e6a787a3.jpgJeudi 25 octobre 2007,

Mon cher Guy, nous ne nous connaissons pas, mais moi j’ai beaucoup entendu parler de toi.

Tu es parti en pleine guerre, et plus de soixante ans après ton départ, l’Histoire ne cesse de s’écrire et de se répéter. Rassure-toi  les nazis sont partis, certains ont même été jugés pour les crimes qu’ils avaient perpétrés. Pas tous, le monde ne les a pas jugé assez vite pour qu’ils puissent être tous punis. Les allemands sont nos amis depuis longtemps. Avec eux nous avons réussi à faire la paix alors qu’entres-nous, nous continuons à nous battre pour des idéaux qui me dépassent parfois.

Depuis mai, nous avons un nouveau Président. Il s’appelle Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas un Président de gauche, le dernier était resté quatorze ans à l’Elysée. C’était il y a bien longtemps maintenant.

Ce Président là, se revendique des idées du Général De Gaulle -que tu as tout juste connu- mais assume son libéralisme en le teintant de pointes de valeurs sociales. Il n’est pas communiste. Il n’y a plus de communistes aujourd’hui d’ailleurs, du moins au sens où tu pourrais le comprendre.

Soixante ans ont passé et la France a beaucoup évoluée. Elle souhaite faire la paix avec son passé même si elle n’y arrive pas toujours. Nous continuons à honorer les français de ton époque presque par superstition. Sans doute par peur de voir revenir de vieux démons qui ne cessent de nous hanter.

C’est dans cet esprit même, que tu seras surpris d’apprendre que notre nouveau Président t’a choisi pour incarner le visage de cette jeunesse résistante morte pour la France. Comme une relique, ta dernière lettre adressée à ta famille, a été lue lundi dernier dans tous les lycées de cette France que tu aimais tant.

Certains professeurs de lycées et les derniers communistes français n’étaient pas très contents. Ils ont parlé d’exploitation politique je crois. Marie-George qui est la « camarade en Chef » était rouge de colère.

Beaucoup de polémique pour pas grand-chose. Cette lecture ne méritait pas cela même si l’on peut comprendre que certains veuillent s’approprier des symboles qui appartiennent au patrimoine commun du Peuple.

Je ne suis pas un grand admirateur de ces célébrations perpétuelles qui empêchent les français « d’après guerre » de construire leur propre Histoire. Faut-il encore que les hommes d’aujourd’hui soient capables de construire quelque chose ensemble… Entretenir la mémoire est nécessaire, mais sans porter ombrage à l’avenir que l’on se doit de construire.

d079a910891840c5c0b14897e1400c15.jpgPourquoi toi et ta lettre ? Je ne saurais trop te dire, sans doute car tu étais trop jeune pour mourir et que ton texte, aussi simple soit-il dans sa composition, était plein de courage et d’émotion contenue. Il n’en faut pas plus pour entrer dans l’Histoire tu sais, les hommes sont si égoïstes de nos jours.

Tu es un modèle pour beaucoup, et tu ne le sauras jamais….  Mais tu sais Guy, je suis très déçu. Même si je ne te connais pas je suis déçu.

Peu m’importe de savoir si tu étais communiste ou gaulliste, peu m’importe de savoir si tu t’es évanoui ou si tu es resté debout devant ces lâches nazis qui ont fusillé ton groupe, peu m’importe de savoir si tu étais jeune ou moins jeune que les autres.

Je sais que tu es resté debout, comme des centaines de milliers d’autres français, comme mes grands-pères, pour participer à protéger la République et la France. Je sais que toi, comme tous les autres, vous avez donné votre vie et fait couler votre sang pour la France.

Je sais que toi, comme tous les autres, vous avez été sacrifié pour nous permettre d’être libres aujourd’hui. Personne n’aura jamais assez de mots pour saluer votre don éternel.

Je suis déçu Guy tu sais. Je suis déçu, car même la célébration d’un symbole aussi fort et aussi beau, les français d’aujourd’hui n’ont pas réussi à le respecter. Ils ont gâché –volontairement ou involontairement- un grand moment d’unité nationale.

Prends soin de toi, embrasse tes camarades pour moi et repose en paix. Rassure toi, ils ne t’enlèveront ni ton nom et l’honneur que tu as gagné malgré toi.

Régis