22 août 2007
Pourquoi le Parti Socialiste reste empêtré dans ses propres contradictions ?
Libération du 22/08/2007 – Edito "Sans Maître" de Laurent Joffrin
Comment trouver un leader quand on n’a pas de projet ? Mais comment trouver un projet quand on n’a pas de leader ? Tel est le dilemme angoissant devant lequel se trouve la gauche française. La victoire sans appel de Nicolas Sarkozy ne provient pas seulement des erreurs de la campagne, si manifestes soient-elles.
Elle a aussi révélé le retard culturel accusé par le Parti socialiste et ses alliés (ou concurrents dans le même camp) sur l’évolution de la société française. Un seul exemple : alors que le social est en principe le point fort des progressistes, le discours de l’actuel président sur le travail a mieux porté que celui de son adversaire.
Du coup, chacun ou presque bat sa coulpe (quoique souvent sur la poitrine du voisin) et appelle avec un ensemble touchant à la rénovation des pratiques et des idées.
Mais quelle rénovation ? C’est là que les ennuis commencent. Plus à droite ? Plus à gauche ? Ou bien ailleurs ? Le projet futur est un objet flou entouré de brouillard et plongé dans la nuit.
Il y aurait bien sûr une solution : choisir un leader et lui confier le travail. Las ! L’étoile de Ségolène Royal pâlit pendant que DSK, nouveau favori des sondages, s’apprête à changer de planète et que Laurent Fabius, autre impétrant possible, gagne la stratosphère. Quant aux éléphanteaux, ils restent au ras du sol. Les socialistes se retrouvent sans maître et sans mère.
Il y a pourtant une issue. Ce paysage dévasté est aussi une table rase, sur laquelle on peut construire sans obstacles. L’injustice sociale demeure, en France et dans le monde, qui exige de toutes manières une gauche de l’avenir. Deux questions simples peuvent servir de point de départ : d’autres gauches réussissent ailleurs, comment font-elles ?
Les Français sont censés craindre la mondialisation ; ils ont pourtant récusé la candidate qui devait les en protéger. Peut-être les avait-on mal compris… Questions dérangeantes ? Mais c’est justement le moment d’être dérangé.
A LIRE SUR : Libération
Cruel, Laurent Joffrin qui vient rappeler au peuple de gauche, dont il se fait ici l’écrivain, la douloureuse expérience d’un printemps gâché par défaut d’engagement et de convictions criées…
Cet éditorial ramène mes pensées d’ici à il y a quelques mois, où j’avais eu l’audace de dire à mes camarades aveuglés par leur certitude, que ce ne sont point les sondages qui font une élection, mais bel et bien les propositions contenues dans un projet clair et fiable.
Amère vengeance, que celle d’avoir eu a subir à un mois d’intervalle, deux des plus sérieuses corrections pour cette gauche devenue inaudible, ne sachant plus convaincre car trop éloignée des préoccupations de celles et ceux qu’elle entendait se faire l’écho.
Faut-il encore et encore ressasser les erreurs de jugement et le manque de discernement, d’une poignée d’irréductibles gaulois qui se sont brulé les ailes sur l’autel d’une confiance effrontée ?
Faut-il s’étonner que ces mêmes gaulois qui ont vu le ciel leur tomber sur la tête, se soient si vite détournés –et acharnés- de –et sur- celle qu’ils avaient pourtant largement adoubée ?
Faut-il s’inquiéter que les français ne donnent aucun signe de regret quant à leur choix de mai ?
Que reste-t-il de nos amours ? Que reste-t-il de ce peuple de gauche, annoncé comme revanchard, qui se plie sans rechigner aux efforts qu’ont souhaite lui imposer ? Que reste-t-il de cette gauche « anti-tout », devenue « nantie de tout » ? Que reste-t-il de ces ténors socialistes qui promettaient le soleil et n’ont réussi qu’à attirer l’orage et la foudre ?
Laurent Joffrin parle du battage de coulpe qui semble agiter les couloirs de Solférino et du Parlement, en regrettant que ces mêmes batteurs soient incapables de faire amende honorable et de trouver les causes de leur défaite. Cette même honorabilité et cette humilité qui ont manqué à ces socialistes, bien plus intéressés par les salons douillets de l’assemblée que par les travées des usines qu’ils ont délaissées sans sourciller.
Ces pouilleux de français, méritaient bien que l’on se colle sur eux ! Nicolas avait compris, Ségolène avait omis. Les pouilleux se sont vengés et gaussés de cette gauche perpétuellement absente sur tous les sujets qui les inquiétaient.
Pourtant, il ne faut pas sombrer dans le pessimisme. Les français ont envoyé un signal fort. Ce signal, c’est sans doute celui de refuser –enfin- de laisser périr nos avantages devenus trop lourds à assumer. Il faut désormais penser aux français qui viendront demain et à qui nous devons laisser une France en bon état.
Mon socialisme-libéral assumé jusqu’au bout m’oblige à reconnaître quelques points positifs à la politique menée par notre nouveau Commandant en Chef, tout en restant intiment persuadé que tout est loin d’être parfait et que la gauche à des choses à dire et des choses à faire. Le temps est venu de reconstruire un PS (et une gauche) intelligent et utile.
Oui, cher Laurent Joffrin, il faut répondre aux questions dérangeantes. A toutes les questions dérangeantes ! Oui, cher Laurent Joffrin, il est temps que le PS soit dérangé et poussé à travailler des propositions qui lui permettront de nouveau d’exister.
Histoire de déranger : il faut accepter l’idée de ne plus rien accepter. Il ne faut plus renoncer à renoncer aux dogmes usés. Il faut refuser la langue de bois et les promesses vérolées en tenant un langage de vérité qui débouchera enfin sur l’action.
Régis Sada
11:30 Publié dans Pourquoi ça existe ?, Pourquoi moi ?, Pourquoi politiser ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, présidentielle, ump, sarkozy, royal, gauche






