26 juin 2007

Pourquoi les socialistes-libéraux peuvent survivre au départ de Jean-Marie Bockel ?

6030f9825170d400644b408caf5418ae.jpg L’entrée de Jean-Marie Bockel au Gouvernement en qualité de Secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie a suscité une désorganisation des militants PS engagés derrière lui depuis la présentation de la motion »Pour un parti Social-Libéral » à l’occasion du Congrès de Dijon en 2005.

Si la majorité d’entres-eux ont globalement ont acté une décision strictement personnelle, quelques remous logiques sont venus secouer cette nomination attendue mais non voulue.

Le jour même de la formation du nouveau Gouvernement, François Hollande –premier Secrétaire du PS- n’a pas cru nécessaire de prononcer l’exclusion du Sénateur Maire de Mulhouse, estimant qu’il s’était exclu de lui-même en acceptant son nouveau poste.

Le samedi 30 juin, les militants et sympathisants de Réformisme & Rénovation (Socialistes Libéraux) avaient rendez-vous au Sénat pour transformer leur réseau de pensée en véritable courant socialiste-libéral au sein du Parti Socialiste. La décision de Jean-Marie Bockel a contrarié ce calendrier, poussant les militants socialistes à réfléchir sur leur avenir.

La première option vise à se refonder en un groupe apolitique, ouvert à tous les courants de pensée et soumettant des textes mis à la disposition de tous les « appareils politiques ». Le terme employé est « Think Thank ».

La seconde option vise à se rapprocher du MODEM -voire de l’UMP- pour développer un réseau de centre-gauche collaboratif.

La troisième et dernière option vise à rester proche du Parti Socialiste en conservant l’esprit initial de Réformisme & Rénovation. Ce dernier point est le seul qui retienne mon attention.    

Suis-je convaincu que la rénovation du PS peut s’engager dans les cinq prochaines années ? A vrai dire : pas vraiment. Le Conseil National de samedi dernier, les déclarations de divers responsables nationaux et la réélection de Jean-Marc Ayrault à la tête du Groupe Socialiste à l’assemblée Nationale, sonnent comme une véritable douche froide pour tous les militants qui attendent et souhaitent que le PS engage une véritable mutation idéologique.

L’option du « Think Thank » ne me plait guère. Il existe aujourd’hui une quantité de cercles et de groupes de réflexion (politiques ou non) sur des sujets aussi divers que variés. En créer un nouveau viendrai à alimenter un magma déjà conséquent et qui ne dispose d’aucun relais d’influence réelle. Par bonté, il arrive qu’un Ministère ou une personnalité de premier plan consulte ce type de communautés pour obtenir un regard tiers sur un sujet précis. Cela revient à jouer le rôle de passeur de plats : cent qui bossent et un qui en profite.

L’option de rapprochement vers le MODEM, le Nouveau Centre et l’UMP demeure pour moi improbable et d’une malhonnêteté intellectuelle évidente. Au moment même où l’ouverture est devenue un trou béant, cela constituerai un ralliement d’intellectuels de gauche à la politique souhaitée par Nicolas Sarkozy. Si l’on peut reprocher au PS de n’avoir pas su mettre à son profit ses cinq dernières années d’opposition au Parlement et d’avoir toujours préféré l’obstruction systématique à un travail utile de compromis, le but n’est pas de cautionner en totalité une politique qui risque de refroidir nombre de nos compatriotes les plus modestes. Compromis : OUI. Collaboration : NON.

Si j’éprouve de grandes craintes face à un appareil socialiste aussi décrépi dans les idées que certains de ses tenanciers, je crois dans la force de conviction des militants pour transformer un parti qui a encore des choses à dire.

OUI il faut changer les têtes de gondole du Parti Socialiste car elles représentent une génération de femmes et d’hommes qui n’ont pas su faire évoluer leur pensée, leur discours et leur méthode.

OUI il faut transformer le Parti Socialiste en véritable UMP de gauche, dans le sens d’un grand mouvement populaire en prise directe avec les préoccupations des citoyens.

OUI il faut dépoussiérer les logiciels et les dogmes socialistes et les adapter au monde d’aujourd’hui.

OUI le PS n’est pas mort s’il sort de sa logique de motions en la transformant en logique d’écuries présidentielles.

Ce pari d’un PS aussi utile qu’intelligent est tenable, et les militants socialistes qui assument leur vision d’un libéralisme modéré et maitrisé, y ont toute leur place.

Cette place ne sera pas facile à tenir. Car se revendiquer socialiste-libéral implique de subir l’ire, l’hilarité, l’indifférence ou le mépris des caciques du PS. Mais quel crédit donner à des femmes et des hommes qui ont conduit des millions de français dans une impasse idéologique et aux plus grandes défaites électorales de ces dernières années ? Quel crédit donner, à des gens qui n’entendent donner la priorité qu’à des intérêts particuliers ou personnels plutôt que de consacrer leur temps à être à l’écoute des besoins et des attentes des français ?

Les socialistes-libéraux pourront survivre au départ de Jean-Marie Bockel et de certains de ses proches collaborateurs, s’ils conservent leur sens de l’engagement, leur force de conviction et leur besoin d’être utiles aux autres plus qu’à eux-mêmes !

Loyauté ne veut pas dire suzeraineté. Accepter et faire accepter sa différence sans jamais renier ses propres convictions. Etre utile, c’est d’abord penser que l’on n’est jamais seul dans l’adversité, et jamais seul à détenir la vérité. Au PS de Puteaux comme au national, le mépris et l’intolérance ne m’ont jamais effrayé. Ma conviction et ma détermination sont garants de ma liberté de pensée et d’action.

Régis Sada