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22 juin 2007
Pourquoi, même Ségolène Royal, ne croyait pas au programme socialiste ?
« Même Ségolène Royal ne croyait pas au programme du PS » - Libération 22/06/2007 – Matthieu Ecoiffier
Contre-feux. Alors que le procès en responsabilité continue au PS et pourrait faire des étincelles demain au conseil national (le «Parlement» du parti), Ségolène Royal a voulu prendre les devants. Sur France Info, l'ex-candidate s'est plainte hier, d'avoir «dû reprendre dans son pacte présidentiel» le Smic à 1 500 euros et la généralisation des 35 heures. «Deux idées, a-t-elle ajouté, qui étaient dans le projet des socialistes et qui n'ont pas du tout été crédibles . » En clair, si «le travailler plus pour gagner plus» de Nicolas Sarkozy a écrasé les propositions économiques et sociales de Royal, c'est la faute aux archaïsmes socialistes. Et pas la sienne.
«Provocation». Non contente de s'exonérer de cette faiblesse manifeste de sa campagne, Ségolène Royal l'a par ailleurs attribuée à l'aile gauche du PS, rappelant que l'augmentation du Smic était une «idée phare de Laurent Fabius». Réplique du bras droit de l'ex-Premier ministre, Claude Bartolone : «Avoir dit cela, ce n'est pas simplement une erreur, c'est une faute . » Autre représentant de l'aile gauche du parti, le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé une «provocation consternante» de la part de Royal, «preuve d'une très grande duplicité».
Pour ne pas être clouées au pilori, les troupes de Royal multiplient les contre-offensives. «Il y a eu les chausse-trapes, les coups bas de son propre camp, expliquait récemment Delphine Batho. On a eu quelques mois pour rattraper ce qui n'a pas été fait pendant des années en terme de programme. Malgré l'élan, l'espoir populaire, les gens ont senti que la gauche n'était pas prête à gouverner . » Et les pro-Royal de faire porter le chapeau de cette impréparation à François Hollande, dont l'art de la synthèse aurait «immobilisé» le PS. Gaëtan Gorce, député de la Nièvre , qui a réclamé à plusieurs reprises la démission du premier secrétaire, a annoncé hier qu'il démissionnait du secrétariat national du parti pour «ne pas contribuer à perpétuer» le «système des éléphants». «Ce qui est en cause, ce n'est pas ta personne, mais une méthode de travail, un système dont tu es la clé de voûte et qui paralyse le parti [...], entrave toute perspective de renouvellement», écrit-il dans une lettre à Hollande.
Suite de l’article à lire sur Libération
Il y a des moments dans la vie où l’on se sent seul au monde. Cette introduction sonne à mes oreilles comme une sorte de maxime vis-à-vis de mon scepticisme lors de la première partie de la campagne présidentielle.
Lorsque le projet socialiste à été lancé en interne, j’ai comme tout bon militant rempli mon quota de participation en adressant deux textes à la Commission Nationale sur deux thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur : « l’état de la citoyenneté et son devenir » et sur « les conditions de vie des détenus dans les prisons françaises ».
A la conclusion de ce dernier, j’avais choisi de ne pas l’adopter en estimant que ce dernier pouvait être considéré comme un vaste « laxatif », n’avait rien de socialiste et rester très éloigné des besoins et des attentes des français. Il n’en reste pas moins que ce projet global avait reçu l’aval des militants du PS, qui avaient voté comme un seul homme sans même en connaître le contenu.
Dès que Ségolène Royal fut désignée, elle avait clairement affirmé que son pacte présidentiel ne serait pas un copié-collé du projet des socialistes. Les réactions n’avaient pas manqué d’animer les débats internes. Malgré cela, la grande famille socialiste est passée au-dessus de ces considérations pour soutenir « loyalement » celle qui porterait le flambeau pour l’élection présidentielle. Plusieurs points du Pacte Présidentiel avaient laissé ma moue dubitative de socialiste-libéral s’exprimer. La généralisation des 35H00 et le SMIC à 1.500 €, en faisaient partie.
Les 35H00 ont toujours été portés en tête de gondole par le PS, sans jamais accepter d’en assumer les conséquences pour les salariés. Si l’idée de partager le temps de travail était une noble idée à la base, elle a été détournée de son axe par la loi Aubry II qui a permis une désorganisation des plus grandes conventions collectives, a paupérisé dangereusement les conditions de vie des salariés les plus faibles et n’a jamais trouvé sa place au sein des PME. Nous ne parlerons pas de leur application dans le secteur hospitalier où les 35H00 ont créées une situation préoccupante au niveau de l’organisation.
Le SMIC à 1.500 € défendu bec et ongles par la « gauche » du Parti Socialiste, a été présenté comme un juste retour des choses et une chance pour les salariés que l’on peut considérer comme des précaires permanents. Quel cadeau extraordinaire… Il fallait bien un package comme celui-ci pour tenter de renforcer la digue qui avait cédée sous le poids de l’application des 35H00. Quelle vision d’avenir pour ces millions de salariés qui peinent à boucler leurs fins de mois ! On ne saura jamais si cette somme était en brut ou en net. Cela n’a plus aucune espèce d’importance. Les salariés « smicards » se contenteront des baisses de charges, de la TVA sociale et des revalorisations que Sarkozy et Fillon leur imposeront dans les cinq prochaines années.
Voilà donc qu’après l’échec de la Présidentielle et l’échec aux élections législatives, Ségolène Royal reconnaît sans se cacher qu’elle n’avait jamais cru à ces deux mesures, tant elles présentaient un caractère cynique couplées à une aberration économique.
Ces deux mesures étaient dogmatiques. Ces deux mesures n’étaient pas de gauche. Ces deux mesures n’étaient pas socialistes. Ces deux mesures étaient des bêtises construites sur l’idée que toutes les entreprises sont faites sur le même schéma, qu’elles sont toutes capables d’assumer des augmentations de leurs charges sans que cela se répercute sur leurs salariés, sur leur productivité, sur leur compétitivité et au final, sur leur survie.
Les 35H00 ne sont pas appliqués et ne seront jamais appliqués ailleurs que dans les entreprises publiques et les grandes sociétés. Les salariés des PME n’en verront jamais la couleur –à part en de rares exceptions- car ils savent que cela ne permet pas à leur entreprise de se développer, de vendre et de produire pour faire face à la demande de leurs marchés respectifs. Ce n’est ni un progrès social car cela a contribué à la paupérisation des salariés modestes et moyens, et n’est pas bénéfique pour les entreprises.
Le SMIC à 1.500 € - brut ou net – sera effectif à la fin de la nouvelle législature. Effectif, car le jeu des revalorisations annuelles permettra d’arriver à ce plafond. Les salariés au SMIC en 2012, toucheront donc ce qui constitue désormais comme la « prévision socialiste », rien de plus.
Je m’étonne en revanche que Ségolène Royal n’ai pas poussé plus loin sa réflexion sur le contenu du Projet Socialiste. Ce projet n’a jamais retenu l’attention, car il était complet sur la forme, mais vide au sens de la manière dont il convenait de répondre aux attentes. Sur les sujets régaliens du PS comme la santé et l’éducation, le projet était vague et ne donnait aucune vision réaliste de l’ampleur de la tâche nécessaire à mener pour redonner la confiance aux français. Partant de ce constat, il était difficile pour Ségolène Royal de porter et de défendre un ensemble qui ressemblait à s’y méprendre comme un voile.
Un voile ne protège pas du froid….une couverture hypothermique si. Le 6 mai 2007, les français ont tranché en recouvrant les espoirs d’une gauche orpheline, d’une jeunesse métissée et de salariés fauchés. Le 6 mai 2007, les français ont tranché en recouvrant le Parti Socialiste de cette couverture hypothermique. Cela suffira-t-il pour réveiller chez certains militants l’instinct de progrès et anéantir à jamais son penchant naturel au dogmatisme destructeur ?
Régis Sada
11:35 Publié dans Pourquoi ça existe ?, Pourquoi moi ?, Pourquoi politiser ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, régis sada, ségolène royal, présidentielle, libération, ps, législatives





