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22 mai 2007
Pourquoi pendant les cérémonies, l'homophobie continue...?
Le surf sur la toile amène parfois d’heureuses surprises. Ainsi, en parcourant le site du Journal Libération, je tombe sur une tribune rédigé sur le blog du psychiatre Serge Hefez et qui relate avec une véritable sincérité, les maux ancrés dans la vie quotidienne des français et qui ne font pas l’ouverture des journaux télévisés.
Le 17 mai 2007 –jour férié en France- lors de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, l’on a assisté à un véritable silence poli mais complice de l’ensemble de la presse dite libre. C’est vrai, c’est ce jour là aussi que François Fillon a été nommé Premier Ministre par le tout nouveau Président de la République Nicolas Sarkozy.
C’est vrai aussi, que c’est ce même jour où ce même Président de tous les français et son parti l’UMP, ont fait le choix conscient et délibéré de soutenir et d’investir des candidats aux législatives qui ont soit, mené une lutte acharnée voire haineuse contre les homosexuels, soit ont été récemment condamnés pour avoir tenus « ouvertement » des propos homophobes ou avoir insinué (ou laissé insinuer) –par devoir de précaution- qu’un homme, homosexuel et opposant politique avait des penchants pédophiles.
Pendant les cérémonies, l’homophobie continue….et les français continuent à perdre la mémoire et à trouver aujourd’hui des vertus à certains discours tenus par leurs stars politiques (homosexualité, génétique, fainéants, racaille…), alors qu’il y a encore quelques années les petites « gauloiseries » de Jean-Marie Le Pen les faisaient sortir par centaines de milliers dans les rues.
Aujourd’hui tout est devenu possible. Aujourd’hui tout est permis aux hommes…même le plus sale, même le pire, même le retour en arrière de la pensée.
Je rends hommage à l’analyse pertinente de Serge Hefez qui colle à la réalité de la société française telle qu’elle est devenue aujourd’hui. Cette découverte me soulage le jour même où un internaute m’a reproché d’user abusivement des termes de « citoyens » et de « République » et m’a mis au défi de rédiger un message sans employer ces termes.
Comme ne le dira jamais Christian Vanneste : « si l’on y prend pas garde, dans quelques années les mots : Liberté, Egalité, Fraternité, Solidarité, Citoyenneté, France, deviendront des mots grossiers que personne ne sera autorisé à écrire ou à prononcer ». Il préfère dire que l’homosexualité constitue une menace pour la survie de l’humanité…
Si les français de 2007 sont prêts à tout entendre, la liberté dite d’expression emprisonnera la société dans la régression intellectuelle. C’est sans doute l’idée génétique défendue par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale…
Lorsque j’ai annoncé récemment mon entrée en RESISTANCE CITOYENNE, je n’avais pas la prétention de croire que cela deviendrai presque aussi rapidement une mesure de sauvegarde. Le texte de Serge Hefez est un acte de RESISTANCE et de DELATION CITOYENNE. Rien que pour cela, il mérite mon soutien le plus total.
Régis Sada
Pendant les cérémonies, l’homophobie continue… - Serge Hefez – Familles, je vous haime
Le 17 mai, jour anniversaire de la suppression en 1990 de l’homosexualité de la liste des maladies mentales dressée par l’OMS, débats, projections de films, réunions publiques ont célébré dans une cinquantaine de pays la troisième journée mondiale de lutte contre l’homophobie.
Si les actes homophobes ne sont pas recensés officiellement en tant que tels, l’association SOS-Homophobie a recueilli 1332 témoignages en 2006, soit une augmentation de 10% par rapport à 2005 (voir Libération) Le nombre d’agressions physiques, trois par semaine, est lui aussi en augmentation : 17% par rapport à 2005. Ainsi, selon la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, 40% des homosexuels disent avoir été victimes d’actes ou de propos homophobes sur leur lieu de travail.
L’universitaire Louis-Georges Tin, président du comité IDAHO (International Day against homophobia) a lancé en 2006 une pétition en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité : aujourd’hui, plus de 70 Etats condamnent encore l’homosexualité, et dans une dizaine de pays la sanction prévue par les textes est la peine de mort. La Pologne a voté cette semaine un amendement pour lutter «contre la propagation de l’homosexualité».
J’ai préfacé il y a deux ans le livre d’Eric Verdier et Jean-Marie Firdion Homosexualité et suicide. Les auteurs montrent que toutes les études internationales concordent : les jeunes homosexuels ont six à treize fois plus de risques de commettre une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels.
Et pourtant, beaucoup d’entre vous pensent certainement que l’homosexualité n’est plus une tragédie dans notre pays. Des ministres, des hommes politiques, des intellectuels, des artistes, des vedettes du Loft ou autres télé-réalités font chaque jour publiquement état de leur choix de vie. Avec de plus en plus de simplicité et de tranquillité.
Pourtant la visibilité actuelle de l’homosexualité procure paradoxalement aux adolescents taraudés par le désir homosexuel un sentiment de grande étrangeté, peut-être équivalent à celui éprouvé par ces centaines de réfugiés qui viennent échouer à nos frontières. Savoir qu’il existe un ailleurs où l’on peut manger à sa guise, se soigner et avoir chaud. Mais que pour le moment il faut attendre, et affronter un quotidien difficile. Nous l’avions évoqué à propos de la recrudescence des contaminations par le VIH.
De fait, le jeune qui se découvre est confronté à deux groupes sociaux au sein desquels l’homosexualité reste indicible : sa famille —et il sait à quel point son orientation va être pour ses parents une épreuve— et son groupe de pairs —encore animé à cet âge par l’hyper conformisme caractéristique des bandes d’adolescents. Car l’homophobie ne s’exprime pas forcément sous forme de coups ou d’insultes.
Ainsi Christophe, un de mes jeunes patients de 17 ans qui se rend tous les jours à son lycée l’angoisse au ventre. Il n’a jamais reçu été insulté, il n’a jamais été inquiété. Mais une camarade qui vient d’arriver dans son établissement est «au courant» car elle l’a connu avec un ami gay pendant les dernières vacances. Bien sûr, elle lui a juré de ne rien dire, mais il suffit que par étourderie elle en parle à une amie, qui le répétera à untel ou unetelle, et Christophe sait qu’il est foutu. Il n’envisage même pas de remettre les pieds dans ce lycée, qui est pourtant réputé pour sa bonne ambiance. La vie quotidienne de Christophe est un enfer, il surveille tous les regards, traque le moindre sous-entendu. S’il a appris au cours de nos séances à ne pas avoir honte de ce qu’il est et à s’affirmer, qui peut le rassurer sur cette réalité qui est celle de tous les jeunes homosexuels du monde ?
Pour la plupart des homosexuels qui reviennent sur les péripéties de leur enfance, et même pour les plus affirmés d’entre eux, ceux pour qui la fierté et la reconnaissance de leur identité est une réalité conquise, ressurgit un passé cristallisé autour du secret, de la honte et de la dissimulation.
Si dépression, suicide et homosexualité se conjuguent avec une telle évidence, c’est au nom d’une logique qui s’enracine dans les limbes de la vie psychique : comment le désir homosexuel a-t-il été perçu, accepté, partagé depuis la plus tendre enfance ?
Beaucoup peuvent acquérir l’habitude de se couper en deux, de dénier leurs sentiments, de se sentir en porte-à-faux dans tous les champs de leur vie psychique. Tout au long de ces traumatismes quotidiens liés au rejet social, l’identification à l’agresseur n’est pas loin : on a vite fait d’adopter une merveilleuse ironie sur soi-même et sur la vie en général. Si les gays ont vis-à-vis d’eux-mêmes la dent si dure, c’est qu’ils ont depuis longtemps acquis du métier à cet exercice. La plupart des homosexuels passent, ne seraient-ce que quelques années, par ce bouleversement profond qui leur fait intérioriser la honte de soi et cultiver des sentiments négatifs. Soumis à une attente interminable, leur désir n'a aucune possibilité de se dire ou de s'épanouir au contact d'autrui. Il devient un élément encombrant, un corps mort, abject dont on aimerait bien se débarrasser. C'est ce que l'on appelle communément «l'homophobie intériorisée».
Se sentir fier de soi dans tous les aspects de sa vie psychologique et émotionnelle n’est une mince affaire pour personne, mais dans le cas qui nous occupe, chaque expérimentation de perte, de conflit, de rupture risque de réactiver dans un télescopage actuel ces mécanismes précoces d’intériorisation du rejet social, et ce sont toutes les blessures de l’enfance qui ne demandent qu’à se rouvrir.
La «préférence» homosexuelle a ceci de particulier par rapport à d’autres goûts ou d’autres orientations qu’elle va «coller» à l’identité de l’adolescent, recouvrir toute autre préférence ou aspiration pour effectuer une véritable centration identitaire. Ici aussi, ce «collage» est de nature sociale envers un jeune qui n’en demande pas tant. Il revient en permanence sous forme de dérision ou d’insulte rappeler une identité qui le plus souvent ne s’est même pas encore matérialisée par un aveu ou par des actes. Une forme de mort est incontestablement d’enfermer quelqu’un dans son identité.
La question de la honte sociale liée à l’homophobie et au secret surgit très rapidement au cours des psychothérapies, si on y est attentif, même chez ceux qui pensent que c’est une affaire réglée depuis longtemps. C’est peut-être vrai socialement, mais pas psychiquement. Le fait de l’énoncer permet de montrer comment ces mécanismes sournois de rejet, d’attaque des liens et de dissimulation peuvent encore être actifs et peser à l’insu dans la vie présente, même si l’impression demeure qu’ils ont été dépassés, qu’ils n’existent plus.
Si l’expression quotidienne et banale de l’homophobie ne se résoudra pas uniquement à coup de textes de lois, il va de soi que l’égalité des droits pour le mariage comme pour la filiation est une étape fondamentale vers la visibilité et la «normalisation». L’évolution de la famille fait qu’aujourd’hui des centaines d’enfants sont élevés par deux parents dont un des deux n’a aucun statut légal.
Rappelons à cet égard que notre nouveau président est un fervent opposant à l’homoparentalité. Et que Christian Vanneste, condamné en janvier pour injures homophobes, est candidat CNI-UMP aux législatives.
Mais ils ne sont pas les seuls. Et certains de mes confrères s’illustrent avec brio à cet exercice.
Depuis que les homosexuels n’incarnent plus la race maudite du pervers sublime cher à Foucault ou à Genet, et que leurs aspirations peuvent s’exprimer davantage en termes d’intégration, de couple, voire de famille, une nouvelle forme d’homophobie, bien plus sournoise s’énonce en effet au nom d’un savoir scientifique qui ne repose que sur des opinions et des a priori affectifs. Les homosexuels sont des clones, atteints de troubles narcissiques, incapables de respecter la différence anatomique des sexes. Les anathèmes fleurissent et les pires catastrophes sont prédites à la société occidentale. Des psychanalystes parmi les plus sérieux se sont lancés dans une véritable croisade médiatique au nom d’une paternité symbolique menacée par le nouvel ordre homosexuel.
Les débats intenses menés sur le Pacs, puis sur l’adoption, ne s’articulent qu’autour de l’enjeu central d’une redéfinition de la figure et du statut de l’homosexuel seul ou en couple dans notre société. Rappelons que la psychanalyse n’a pas pour fonction de dire la norme, mais d’aider les individus à vivre au mieux leurs désirs et leur choix.
La santé psychique de millions d’adolescents ne tient à présent qu’aux conditions de leur visibilité.
Serge Hefez
Blog : Familles, je vous haime…
14:20 Publié dans Pourquoi ça existe ?, Pourquoi moi ?, Pourquoi politiser ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : homophobie, politique, homosexualité, sergehefez, regissada, discrimination





