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07 mars 2007

Pourquoi j’apporte mon soutien à la lettre ouverte aux candidats à la Présidentielle, présentée par la Fondation des Orphelins d’Auteuil ?

La pré-campagne présidentielle sonne à l’heure où nous parlons, comme un constat vierge sur les attentes et les besoins des citoyens.

D’un côté comme de l’autre, c’est une bataille sur les chiffres ou sur les méthodes qui ne donne aucune image de ce que sera la France d’après le 6 mai 2007.

Les françaises et les français sont placés en position d’observateurs, devant leurs hommes politiques qui se contentent d’évoquer de pâles incantations.

On parle de constat tout en refusant de se confronter à la réalité du terrain. C’est une méthode bien connue, et c’est la même qui a conduit un certain Jean-Marie Le Pen à être présent au second tour de l’élection présidentielle de 2002.

De droite à gauche, on se refuse – presque par peur – a accepter l’idée que l’on a échoué. Donc étant entendu qu’il n’est pas question de laisser la place aux autres, on tourne en rond et on se regarde le nombril.

Aujourd’hui, la Fondation des Orphelins d’Auteuil lance une « lettre ouverte aux candidats à la Présidentielle  ». Nous sommes nombreux à en faire de même, sans recevoir de réponses à nos questions.

Le relais citoyen est essentiel, donc je vous invite à consulter cet appel utile, social et qui devrait inspirer celles et ceux qui ne se soucient pas que de leur personne. La Fondation des Enfants d'Auteuil se préoccupe de donner un avenir à des enfants et des jeunes exclus de la société par les difficultés de la vie. Sa mission est de leur permettre de devenir les citoyens de demain.

Une action à connaître et à soutenir :

 

medium_logo_fondation_auteuil.jpgLA LETTRE OUVERTE AUX CANDIDATS

Madame la candidate, Monsieur le candidat,

Si vous remportez l'élection présidentielle, que comptez-vous faire…

• vis-à-vis des jeunes en difficulté

- pour diminuer l'échec scolaire, éviter l'exclusion scolaire ?

- pour leur apporter une éducation et un enseignement adaptés ?

- pour valoriser la formation professionnelle, et notamment l'apprentissage ?

• vis-à-vis des familles

- pour intervenir dès la petite enfance ?

- pour les aider lors de situations de crise ?

- pour les soutenir dans leur rôle éducatif ?

Que comptez-vous faire pour répondre à la crise du lien familial et social ?

 

LA FONDATION DES ORPHELINS D’AUTEUIL, C’EST QUOI ?

Depuis 141 ans, la Fondation d'Auteuil accueille, éduque, forme, insère des jeunes en grande difficulté. La Fondation d'Auteuil permet à des jeunes en souffrance de devenir des hommes et des femmes « debout ». Nous leur offrons un cadre rassurant, des règles de vie structurées, une présence professionnelle, attentive et bienveillante.

Nous leur proposons d'acquérir savoir être et savoir-faire pour savoir devenir un citoyen à part entière.

Ces jeunes ont une mère, parfois un père et une mère ou une famille reconstituée, mais ils sont orphelins de la vie, orphelins de leur propre avenir :

• Ils souffrent de graves carences affectives, d'une absence de repères, de maltraitances, d’addictions, parfois de troubles du comportement.

• Ces garçons et ces filles, confiés par l'Aide sociale à l'enfance, par le juge des enfants ou par leur famille, sont de plus en plus jeunes -dès 2 ans…- et de plus en plus âgés -jusqu'à 27 ans. L'échelle et la diversité des détresses s'étendent considérablement.

• La partie visible et commune de leur mal être est l'échec scolaire, voire l'exclusion scolaire, sources de dérives.

• Les familles ne sont pas « démissionnaires » comme on l'entend trop souvent.

Elles ne savent tout simplement pas comment éduquer leurs enfants, car elles souffrent d'exclusion sociale et manquent elles-mêmes de repères, d'appui.

 

DES CHIFFRES ALARMANTS

160 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucune qualification.

Quel avenir pour eux ?

• Le nombre des élèves “décrocheurs” augmente sans cesse.

Leur avenir s'appelle souvent délinquance...

• Plus de 2 millions d'enfants vivent en France sous le seuil de la pauvreté et 20 000 sont sans domicile fixe.

Comment leur parler d'avenir ?

11 000 enfants sont identifiés comme étant en danger (+ 20% en 8 ans). Près de 60% d’entre eux souffrent de carences éducatives.

Comment changer leur avenir ?

 

METTRE FIN AUX PREJUGES QUI RESTENT ANCRES

Les jeunes en difficulté n’auraient-ils aucune moralité ?

Après la violence des émeutes de banlieue, d'aucuns considèrent que seul un sérieux «coup de vis» règlerait le problème. Au contraire, nous vérifions quotidiennement que le premier besoin, vital, de ces jeunes en souffrance est de recevoir attention, amour -oui, nous osons le dire-, bienveillance et fermeté de la part de l'adulte. Qu'on leur fasse confiance.

Petit à petit, chacun découvre qu'il est une personne, digne de respect et capable de respecter l'autre.

Sont-ils définitivement incapables d’apprendre ?

Non ! Ils ont des aptitudes formidablescachées, enfouies en eux. Mais jusqu'alors, ils n'ont connu que l'échec, stigmatisé par des notes catastrophiques, des punitions, une exclusion... A 11, 13, 14 ans, il nous faut leur apprendre à s’exprimer, à lire, à compter. Classes relais, groupes de mise à niveau…

Des dispositifs adaptés sont indispensables. Il faut aussi leur donner du temps, parfois beaucoup de temps et compter davantage les succès que les erreurs. Ces succès leur redonnent confiance, les encouragent à poursuivre.

Comment les armer pour s’insérer dans la vie ?

Une fois ce «déclic» de la 1ère réussite apparu, un long cheminement d'apprentissage éducatif et professionnel commence.

Il permet aux jeunes d'acquérir une formation professionnelle, souvent validée par un diplôme, dans l'un de ces beaux métiers manuels, hélas, méprisés par la société, parfois par les parents et par les jeunes eux-mêmes.

Changeons le regard porté sur ces métiers, revalorisons l'apprentissage, réconcilions le monde du social et le monde de l'entreprise…

Tout cela est possible ! Il s'agit pour la société de leur donner raisons de vivre et perspectives, ce qui réclame une attention que le monde des adultes leur accorde rarement.

Les jeunes en difficulté sont-ils tous issus de familles socialement fragilisées ?

C’est le cas d’une majorité d’entre eux. Le quart-monde existe en France et la précarité se développe de façon inquiétante. Situation inédite, la population des ménages pauvres compte aujourd’hui une majorité d’actifs.

Comment des parents travaillant le soir ou tôt le matin à l’entretien de bureaux, peuvent-ils assurer le quotidien auprès de leurs enfants ? Comment une maman issue de l'immigration peut-elle suivre des cours d'alphabétisation, qui lui permettront de chercher un emploi, alors qu'elle ne sait à qui confier ses enfants en bas âge pendant quelques heures par semaine ?

Des crèches sociales, aux horaires très souples, dotées de services de soutien à la parentalité pourraient améliorer nombre de situations. De plus, nous constatons un autre phénomène : un nombre croissant de parents de milieux sociaux plus favorisés sont démunis face à leur responsabilité éducative. Ils ressentent le besoin d'une aide concrète pour pouvoir accompagner leurs enfants, eux aussi entraînés vers l’exclusion scolaire, certains vers des conduites addictives et vers la délinquance.

Aujourd'hui nos équipes, spécialement formées à l'écoute et à l'orientation de familles en souffrance, reçoivent des appels éperdus de parents qui «ne savent plus s'y prendre» avec leur enfant en danger. Là aussi, le développement de services d'aide à la parentalité seraient d'une grande utilité.

L’affaiblissement de la cellule familiale est-il une cause des grandes difficultés des jeunes ?

Nous recevons des enfants issus de toutes situations familiales, de toutes origines et de toutes cultures.

Nous observons que la crise de la famille est une cause directe du mal-être chez les jeunes. La fragilité des foyers monoparentaux, avec le plus souvent une maman seule et totalement dépassée, quelle que soit sa bonne volonté, devient très inquiétante.

Les lois récentes sur le mariage, le divorce, l’adoption tiennent compte des désirs des adultes mais oublient l’intérêt des enfants.

Les familles ont de plus en plus besoin d’écoute et d’aide éducative, avant que les situations ne deviennent graves.

La situation des jeunes en difficulté se détériore-t-elle vraiment ?

Quelques signes révèlent l'ampleur du phénomène :

• 160 000 jeunes quittent le système scolaire sans aucune qualification

• 6 % des garçons et filles de 17 ans sont considérés comme illettrés

• Près de 100 000 mineurs en risque ou en danger

• L'augmentation du nombre de délits commis par des mineurs, garçons et filles de plus en plus violents et de plus en plus jeunes

• Une croissance de 30 % des mineurs incarcérés de 2004 à 2005

• L'ampleur et la gravité des troubles du comportement qui touchent de plus en plus de jeunes, avec une réduction constante des places en pédopsychiatrie.

 

POURTANT, DES SOLUTIONS EXISTENT

1-Agir beaucoup plus tôt

De notre observation associée à notre expérience est née une conviction : la nécessité absolue d'intervenir plus tôt, et même très tôt, auprès des enfants et des familles en difficulté, avant que la situation ne devienne dangereuse pour tous. Deux dispositifs s'imposent comme des évidences :

• des services multi-accueil petite enfance (crèches sociales, haltesgarderies) -0 à 4 ans- qui prennent en charge les petits d'une façon souple et adaptée, mais également leurs parents. C'est un véritable accompagnement à la parentalité dont ils ont besoin. Il leur permettra de retrouver tout leur rôle et leur dignité.

• Des internats à vocation éducative et scolaire qui permettent d'assurer la continuité indispensable dans le suivi éducatif des jeunes en risque, avec la pleine participation de leur famille.

2- Affirmer une politique de soutien à la famille

Bien sûr, la meilleure des préventions et la garantie de l’épanouissement d'un enfant restent une famille solide, aimante et attentive.

La famille constitue le lieu naturel de la conception, la naissance, la croissance et l’éducation des enfants. Il est urgent de sortir du clivage entre droit des parents et droit de l’enfant. L’un et l’autre doivent être pris en considération, l’enfant demeurant le plus vulnérable.

Dans notre société, toutes les catégories de famille rencontrent des difficultés dans l’éducation de leurs enfants. C’est pourquoi nous proposons la mise en place d’un dispositif large et universel de soutien à la responsabilité parentale.

Les équipes éducatives le constatent au quotidien : une situation familiale détériorée aggrave le mal-être des enfants, voire le crée. Aider efficacement les familles et notamment les parents en difficulté dans l'accomplissement de leur mission éducative nous semble être un devoir politique.

3- Mieux utiliser les fonds consacrés à la jeunesse en difficulté

Un constat paradoxal : si l'ensemble des acteurs de la profession sont conscients des fonds conséquents consacrés à la politique de la ville, à la protection de la jeunesse, à la prévention de la délinquance, ils sont étonnés de constater combien, malgré ces investissements, la situation alarmante de la jeunesse en souffrance s'aggrave dans notre pays.

Il faudrait davantage, et en amont, impliquer les professionnels de terrain pour obtenir des résultats tangibles.

4- Favoriser un véritable suivi éducatif

Tous les acteurs du secteur le disent : il est indispensable qu'un jeune en risque ou en danger bénéficie d'une vraie continuité dans l'accompagnement, avec un éducateur référent. Partout, nous créons du lien entre les différents intervenants -enseignants, éducateurs, maîtresses de maison, psychologues pour qu'ils travaillent mieux ensemble au bénéfice des jeunes et de leur famille. Nous restons très attentifs aux conditions de travail des éducateurs qui exercent un métier exigeant.

Mais, dans le domaine éducatif, la rigidité du code du travail engendre des difficultés majeures, dont pâtissent les jeunes. L'importance de la relation personnelle s'accommode mal de ces contraintes, particulièrement dans une prise en charge 24h/24 et 365j/an.

5- Prolonger la prise en charge des mineurs étrangers isolés

Nous accueillons 200 mineurs étrangers isolés dans nos établissements, à la demande de l'Aide sociale à l'enfance.

Ils bénéficient d'une prise en charge financée en grande partie par les conseils généraux : bilan sanitaire, apprentissage du français, formation professionnelle.

Nous avons déposé un projet d'amendement à la réforme de la loi sur la protection de l'enfance afin que ces jeunes puissent terminer leur formation professionnelle, au-delà de leurs 18 ans. Ils déploient des efforts considérables -sans parler de ceux des enseignants et des éducateurs- pour ne pas « profiter » de la solidarité publique et s'insérer dans la vie, en France ou dans leur pays d'origine.

Comment faire respecter cet équilibre essentiel entre le respect de la loi, le sens de l'accueil, l'insertion professionnelle… et l'argent public investi ?

6- Initier des modes de prise en charge en pédopsychiatrie

De plus en plus souvent, à la demande de l'Aide sociale à l'enfance ou des juges des enfants, nous accueillons des adolescents -parfois des enfants- sujets à d'importants troubles du comportement.

Ils relèvent fréquemment de pathologies prononcées pour lesquelles nos équipes ne sont que partiellement formées.

Si, fidèles à notre mission, nous continuons de recevoir ces enfants, car « il n'y a pas d'autre solution ailleurs », nous mettons en danger jeunes et adultes dans nos établissements.

La réforme de la psychiatrie est un débat aussi ancien que complexe.

Il nous semble urgent de trouver des solutions nouvelles pour aider ces jeunes atteints de troubles graves, notamment par une prise en charge croisée avec la protection de l’enfance.

7- Favoriser l’innovation

La gravité des problèmes que doivent traiter les acteurs sociaux ne peut se contenter d'une reproduction des actions « habituelles » devenues souvent inopérantes. Liberté d'action et allocation de marges de manœuvre en termes d'innovation sociale deviennent indispensables.

Lors du vote de la réforme de la constitution par le parlement pour y inscrire la décentralisation, le débat sur le droit à l'expérimentation a ressurgi. Cette possibilité demeure aujourd'hui réservée aux seules collectivités locales, avec une quasidisqualification du secteur social.

Des pratiques innovantes dans ce secteur, essentielles pour l'avenir de notre société, pourraient facilement être partagées et déployées avec d'autres acteurs.

Visiter le site des Orphelins d’Auteuil et signer la pétition de soutien : cliquez-ici