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19 février 2007
Pourquoi le Projet Socialiste (Partie I) ? « Etat de la condition des détenus homosexuels dans les prisons françaises »
Les conditions de vie, de traitement et de détention des détenus homosexuels dans les prisons françaises méritent d’être dissocié de celles des autres détenus, et d’être traités de façon distincte.
La nécessité de faire une dissociation entre les détenus homosexuels et hétérosexuels s’explique par la caractéristique suivante : la prison et la promiscuité du milieu carcéral constituent dans l’imaginaire de nombre d’entre eux un véritable fantasme sexuel.
Le problème de la sexualité est une réalité obsessionnelle pour chaque détenu qu’il soit une femme ou un homme. Cette réalité se concrétise par une détérioration de la santé psychologique des détenus et amène souvent à des actes qui révèlent plus de la rage que du véritable plaisir. Cette rage porte un nom connu de tous : LE VIOL.
La population carcérale fait face à un ensemble de règles strictes, imposées à la fois par l’Administration pénitentiaire à travers le règlement des prisons, et par les détenus eux-mêmes qui ont édicté un code d’honneur fondé sur l’exemplarité de la force. Ce monde parallèle de la prison est d’ordre binaire et il se partage entres deux catégories : les « surhommes » et les « sous-hommes ».
Les premiers tirent leur légitimité du respect et de la peur qu’inspire la gravité de la peine pour laquelle ils sont incarcérés. Assoyant ainsi leur pouvoir sur la réputation de la réussite du crime qu’ils ont commis. La force et la puissance physique, cumulés à un mental fort leur permet d’assujettir ceux qui n’ont pas les moyens d’opposer une résistance.
Lors de la constitution du dossier carcéral (qui suivra le détenu jusqu’à sa mort), l’Administration pénitentiaire détermine avec une précision presque horlogère le statut sérologique et l’orientation sexuelle du prisonnier. Cette « précaution » est censée garantir tout risque de contamination (si le détenu est séropositif) et prévenir les risques de conflits avec les autres détenus quant l’homosexualité est avérée.
La prison est un milieu ségrégationniste où il ne faut pas apparaître vulnérable au risque d’être rangé dans la catégorie non grata des « sous-hommes ». Les « rejetés » sont appelés plus vulgairement les « pointeurs », qui sont reconnus pour avoir abusé une victime en dehors du code de domination considéré comme normal, en s’en prenant à une victime vulnérable : jeune ou plus âgé.
Les homosexuels ne répondant pas aux schémas traditionnels de la virilité sont exclus. Les homosexuels sont souvent utilisés comme moyens financiers par le biais du racket, ou sexuels par le viol ou par une sexualité imposée. Le viol n’est pas une punition mais une sexualité substitutive, presque hygiénique. Le viol, qui renvoie ici à l’image hiérarchisée « homme / femme », apparaît comme une alternative à l’absence de sexualité hétérosexuelle. Cette main d’œuvre sexuelle et domestique est consentie implicitement par les surveillants dans la mesure où les meneurs garantissent une tranquillité intérieure grâce à un régime d’oppression.
Dans de nombreux cas le viol est assuré avec une complicité passive des gardiens, mais la précarité dont sont issus nombre de prisonniers, amène également certains d’entre eux à accepter des attouchements ou des relations sexuelles avec des gardiens afin d’améliorer leur quotidien, on parlera ainsi de « passes de confort ». Les gardiens deviennent ainsi les violeurs.
Cependant, du fait du poids de cette loi du silence, les victimes, ont beaucoup de mal à déposer plainte. En levant l’omerta sur les sévices qu’ils subissent, les homosexuels qui jouent courageusement la transparence subissent des brimades, physiques et morales, de la part des autres co-détenus et de certains gardiens.
Le sexe est utilisé comme un outil d’asservissement au profit de celui qui s’en sert. Dans une idée totalisante du mal, le surhomme ne cherche pas le plaisir ou ne le trouve pas que dans l’humiliation de sa victime dont il ne souhaite que casser l’identité pour la rendre dépendante.
En tant que citoyen, on pourrait attendre de la part de l’Administration et de ses agents, sinon d’être en mesure d’éradiquer un système tellement rentré dans les mœurs, du moins de pouvoir en limiter les débordements. Or, le facteur démographique et le facteur institutionnel sont de nature à expliquer le malaise des prisons. La surpopulation carcérale, qui est due à la fois à un recours excessif à la détention provisoire et à une tendance à l’allongement des peines, rend difficile la mission de surveillance des gardiens de prison qui se trouvent en sous-effectif. Par conséquent, la promiscuité favorise certaines dérives des détenus qui ne disposent d’aucune intimité.
De plus, ce phénomène de surpopulation se traduit par une dégradation des conditions de vie dont l’impact est déterminant sur la fragilité mentale des détenus.
Le viol, dans ce contexte de nervosité des prisons, est particulièrement révélateur du conservatisme de l’institution pénitentiaire. En effet, la sexualité n’est pas reconnue officiellement mais elle est tolérée selon le bon vouloir des gardiens.
La sexualité n’est pas interdite, mais un sujet tabou. On peut même dire qu’elle est omniprésente, par la tension que l’on peut ressentir dans la peur et le désir, puisqu’elle est refoulée. Ce refus dilatoire de l’administration pénitentiaire d’affronter ce problème, ou au moins l’admettre, pousse à des comportements humiliants et déviants.
Si la question des viols est à l’origine d’une prise de conscience par la société que la sexualité fait partie intégrante de la dignité de l’homme, alors chacun de nous pourra-t-il en bénéficier dans ses droits.
C’est au nom des valeurs défendues dans notre pays que le Parti Socialiste se doit aujourd’hui de lever cette loi du silence, et engager dès son retour aux responsabilités avec l’administration pénitentiaire et les associations qui se préoccupent de ces problèmes une véritable discussion afin de faire cesser ces atteintes caractérisées aux principes de la dignité humaine.
Un constat aussi noir mérite des propositions concrètes :
· Sensibilisation renforcée de l’ensemble des personnels pénitentiaires.
· Surveillance psychologique accrue des détenus, à travers l’embauche de personnels qualifiés.
· Instauration de « parloirs sexuels » pour tous les détenus.
· Renforcement des mesures d’information et de prévention des maladies sexuellement transmissibles auprès des détenus.
· Mise à disposition de « bibliothèques roses » dans tous les établissements pénitentiaires.
· Abolition des punitions et traitements « collectifs » qui agrémentent la libido des détenus.
· Prise de sanctions exemplaires pour les personnels reconnus coupables ou complices d’actes de viol sur des détenus.
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