16 janvier 2007

Pourquoi la situation des prisonniers français laisse de marbre les candidats à la Présidentielle ?

medium_prison.2.jpgDe l’aveu de beaucoup de candidats, une éventuelle réforme des prisons et le fait de se pencher sur les conditions de vie des détenus français, ne sont pas vraiment des thèmes porteurs pour un candidat à la magistrature suprême.

Ce n’est pas une nouveauté et cela n’a rien de bien vraiment étonnant. Il est en effet plus facile de jeter un regard ému sur la misère et sur la précarité, quant celui-ci s’accompagne d’une nuée de caméras et de journalistes !

Lorsque ces mêmes caméras et ces mêmes journalistes pénètrent dans les prisons (rarement comme les Parlementaires qui y ont pourtant un accès illimité et sans réserves), les détenus, les cellules, les « salles de bain » et autres lieux de vie, sont nettoyés et récurés en profondeur. Le parcours est millimétré et ne laisse pas le loisir de relever les conditions réelles des détenus.

C’est vrai, il est tellement plus facile de fermer les yeux sur ce qui est caché derrière les murs… Cela n’empêche pas les gens de dormir, et surtout pas celles et ceux qui sont censés s’y confronter directement.

Pour avoir côtoyé de près ce milieu carcéral il y quelques mois, je suis témoin que l’on cache la vérité aux français sur les prisons, leur état réel et les conditions de vie des détenus. J’avais adressé un courrier dans ce sens au Chef de l’Etat Jacques Chirac, qui sera confirmé quelques jours plus tard par le Commissaire Européen aux Droits de l’homme, qui avait estimé que nos établissements se situaient juste devant ceux de la Moldavie  ! Une véritable référence démocratique !

La tenue orange des détenus de Gantanamo vous a révolté ? En France, en 2007, des détenus sont habillés de la même manière et sont autorisés à « visiter » leurs familles dans cet accoutrement indigne.

Si le droit des victimes doit être respecté, la France , terre des droits de l’homme et du citoyen se doit de se pencher sur la réalité de ses conditions d’emprisonnement.

Sur cette question, comme sur beaucoup d’autres, et malgré l’aveu assez révoltant en fin d’article de l’Ancienne Ministre Socialiste de la Justice Marylise Lebranchu, j’attends des actes concrets et réels et non de vagues promesses qui n’engagent que les gogos qui les croient.

Régis Sada

 

Des candidats prudents sur la réforme des prisons

Sollicités par des associations pour faire part de leur programme en cas d'élection, sept prétendants sur neuf rendent leur copie au Sénat.

Par Jacqueline COIGNARD

Réformer les prisons ? Tous les candidats à la présidentielle le promettent, à l'exception de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers. Mais Nicolas Sarkozy s'y engage à reculons, en répondant à côté de la question qui lui était posée par les organisateurs des récents états généraux de la condition pénitentiaire (1). Comme la prison n'est pas un thème de campagne franchement porteur, ces associations ont pris les devants. Avec l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter en figure de proue, elles ont d'abord lancé une vaste consultation auprès des détenus et des acteurs du monde judiciaire concernés (2). Puis aux principaux candidats déclarés à la présidentielle, elles ont envoyé une «déclaration d'engagement» qui énumère une douzaine de principes directeurs de la réforme souhaitée.

Pas une fin en soi 

Excepté Villiers, les candidats interpellés se sont exprimés sur le sujet (3). Leurs réponses seront rendues publiques ce matin au Sénat. La plupart (sept sur neuf) souscrivent sans réserve aux propositions qui ont émergé des états généraux. Tant sur le principe de présenter rapidement une loi pénitentiaire que sur sa philosophie : la prison n'est pas une fin en soi, mais l'ultime recours utilisé pour ramener le détenu vers une vie de citoyen. «Il faut rompre avec la politique du "toujours plus d'enfermement'' qui veut faire croire que "plus de prison, c'est plus de sécurité''», écrit Ségolène Royal. «Je veux, rapidement, faire adopter une loi pénitentiaire qui rappellera que la privation de liberté est une sanction grave, lourde de conséquences pour celui qui la subit et pour sa famille, qui doit être prononcée avec mesure», promet la candidate socialiste. Sur le contrôle externe des prisons, le respect des droits des détenus ou la préparation à la sortie, elle se déclare en phase avec les conclusions des états généraux. «C'est pourquoi je m'engage, si je suis élue, à les mettre en oeuvre.» 

Retour à la vie sociale 

Même adhésion totale de François Bayrou : «Parce que l'état des prisons est un signe de l'état de notre société, les engagements pris pour réformer le système pénitentiaire doivent l'être de façon transpartisane, pour interpeller avec force l'opinion publique. C'est la démarche des états généraux, à laquelle je souscris sans réserve.» Le chef de file de l'UDF voit aussi l'incarcération comme un «dernier recours» qui doit préparer au retour à la vie sociale, et liste les droits des détenus (respect de la dignité, droit à la santé...).

Deux réponses se distinguent. Celle de Le Pen, qui rejette en bloc les propositions. Et celle de Sarkozy, qui ne s'inscrit pas dans le cadre des états généraux mais défend sa vision immobilière du sujet : «Depuis vingt-cinq ans, ces sont les gouvernements de droite qui ont le plus agi en faveur des prisons.» Et de citer les programmes de construction de Chalandon, Méhaignerie, Perben. Il s'interroge peu sur le sens de la peine ou les capacités de réinsertion. On pourrait résumer ainsi sa position : il faut construire de nouvelles places pour que les détenus soient plus à l'aise et que la France soit moins critiquée pour l'état honteux de ses prisons. «Je me suis clairement engagé à ce que la dignité de la condition carcérale soit une priorité de notre action», écrit le candidat UMP. Il prône une séparation stricte entre prévenus et condamnés, le droit à une cellule individuelle, mais aussi l'instauration d'un «contrôle général indépendant des prisons». Et, après avoir tant critiqué les juges «laxistes», il regrette tout à coup les excès de détention provisoire qu'il voudrait réserver «aux cas d'atteinte ou de menace à l'intégrité physique des personnes». 

Sens de la peine 

En novembre 2001, Marylise Lebranchu avait laissé une réforme pénitentiaire dans ses tiroirs de la chancellerie. Il y était déjà question du sens de la peine, de la récidive, du droit des détenus. «Tout le monde m'a dit que c'était trop tard, juste avant la présidentielle, qu'on allait gâcher le texte», explique l'ex-garde des Sceaux socialiste Réformer les prisons, semble-t-il, se fait en début de mandat. Et puis, il y eut passation de pouvoir. «Perben m'a dit que c'était un texte de qualité, qu'il pensait le reprendre», raconte Marylise Lebranchu. En fait, on assista à la création d'un secrétariat d'Etat aux Programmes immobiliers de la justice et à la mise sous tutelle de la justice par l'Intérieur, résume-t-elle.

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