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06 décembre 2006
Pourquoi l’obésité restera le combat de ma vie ?
L’obésité reste pour moi le sujet le plus difficile à aborder et à traiter dans un post. Probablement car en faisant un premier bilan de mon existence, l’obésité demeure pour moi ma plus grande ennemie et bizarrement, ma meilleure « alliée ».
Données contradictoires selon vous ? Et pourtant…
L’obésité ma grande ennemie
Mon enfance fut troublée par ce mal qui m’a rongé jour après jour, nuit après nuit. L’obésité ce n’est pas simplement un poids accroché au bas du ventre et donnant une allure générale gonflée. C’est un mal plus psychologique que physique.
Les souffrances corporelles se soignent, bon an mal an, on s’habitue presque a sa différence et on fait de ce point faible un point fort. On s’habitue à être gros. C’est triste à dire, mais c’est une vérité vécue. L’enveloppe corporelle graisseuse devient une armure – encombrante – mais visible.
Reste les souffrances morales. Celles-ci demeurent comme des plaies béantes qui ne se referment jamais complètement. Les gros sont hantés par les insultes, les brimades, les violences et les humiliations dont ils sont victimes tous les jours. Ils restent hantés même très longtemps après avoir maigri et retrouvé un semblant de vie normale.
Chacun souligne que la société et la vie sont dures. Elles ne laissent pas de place aux faibles et donnent une prime aux forts. On parle souvent des discriminations sociales, ethniques, religieuses ou sexuelles. On ne parle jamais de la ségrégation qui touche, en France aujourd’hui comme hier, les personnes obèses.
Ce racisme commence à l’école dès le plus jeune âge. Les enfants sont méchants entres-eux. Tout est sujet aux moqueries : des parents différents, une maison différente, une tenue différente, un corps différent. Les nouveaux enseignants sont généralement sensibilisés aux méfaits que provoquent chez les jeunes obèses, ces remontrances perpétuelles.
Les « petits gros » sont souvent les têtes de turc car plus fragiles psychologiquement. On les dit mous ou pleurnichards. On tente d’expliquer les motifs de leur embonpoint : « t’arrêtes de manger des cochonneries ». On reste bloqués sur leur simple aspect physique sans se demander ce qu’ils ressentent au plus profond de leur âme. On les rabaisse et on les plonge parfois dans un abîme où ils ne ressortent jamais intact.
Les obèses sont également discriminés dans le travail. Dans une société où l’apparence est primordiale et vendeuse, les obèses trouvent portes closes dans de nombreux secteurs d’activité et sur de nombreux postes de travail. La vente directe au public - par exemple - leur est interdite. Les gros sont souvent considérés comme : des impotents, des personnes négligées ou des fainéants.
L’obésité est un handicap visible et physique qui n’est pas reconnu officiellement comme une maladie. La Sécurité Sociale continue à la considérer comme un « excès » du patient, et non comme une véritable infirmité qui demande une prise en charge sérieuse et motivée.
Lors de ma participation au texte final creux du « projet socialiste », j’ai émis la proposition suivante : prise de conscience générale de ce phénomène, renforcement des alertes médicales en milieu scolaire, information des parents, prise en charge des enfants obèses, prise en charge partagée des frais liés à l’amaigrissement et à la chirurgie réparatrice. Mes camarades socialistes n’ont pas cru bond e se pencher sur ce problème en proposant une mise au jour des fiches…alimentation ! Celles-ci existent depuis plus de vingt ans !
Un sujet de santé publique qui reste le grand oublié des femmes et hommes politiques plus préoccupés par la défense du Service Public ou des avantages de certains. L’obésité est une maladie grave qui mérite une prise de conscience générale. Des solutions existent à condition de vouloir y porter un regard attentif.
Aujourd’hui l’obésité choque moins qu’hier. Les cours de récréation sont emplies de petits gros. On ne s’étonne plus de rien et on pense encore que l’obésité s’estompe à l’adolescence. Pourtant le constat est amer, car si l’on ne fait rien, en 2025 : 40% de la population française sera considérée comme obèse ou en surcharge pondérale.
Les parents d’enfants obèses sont souvent portés comme responsables du mal de leurs enfants. Ils demeurent coupables de négligence aux yeux de beaucoup de personnes. Pourtant très souvent, ils souffrent autant que leurs enfants. Chacun fait comme il le peut et c’est bien plus de soutien et d’aide que de remontrances qu’ils ont besoin.
J’ai subi ces brimades, ces insultes et ces humiliations, et je vous donne ici en toute intimité un petit florilège des mots entendus :
Gros porc, gros sac, gros tas, tas de saindoux, tas de graisse, gros plein de soupe, grosse vache : pour les insultes classiques.
« C’est la faute de tes parents si tu es comme cela, ils auraient dû penser depuis longtemps à te mettre au pain sec et à l’eau » : prononcé par Jean-Pierre le frère de ma maman quant j’avais 9 ans.
« Tu ne vas pas pleurnicher toute ta vie parce que t’es gros et que t’es pas capable de faire un régime » : prononcé par ma professeur d’histoire-géographique de 6ème au Collège (catholique) Francs-Rosiers de Clermont-Ferrand.
« Où il est le gros sac » : entendu en 5ème par mon professeur principal du Collège Gérard Philipe de Clermont-Ferrand.
« Si tu arrêter de t’en mettre plein la lampe, tu serais moins gros » : prononcé par Dominique la nourrice adorée de mon frère.
« C’est quant tu accouches grosse vache ? » - mimant le geste : prononcé par un passant avec son bébé dans les bras, un jour où j’étais parti acheter du pain.
« Pourquoi tu es encore dans cet état à ton âge » et « Si l’on ne t’a pas pris en section composition, c’est à cause de ton poids » : lors de l’entretien de motivation préalable à l’entrée en section de BEP Composition au Lycée Professionnel Vercingétorix de Romagnat. J’avais 16 ans.
Qu’en pensez-vous chers lecteurs ? Ce ne sont que quelques exemples ou situations vécues dans mon enfance et à l’adolescence.
Je passe volontairement et par pudeur sur mes relations « intimes ». Sans doute car celles-ci ont été inexistantes très longtemps, périlleuses et douloureuses bien entendu.
Les choses se sont tassées lors de mon départ pour Grenoble où j’ai passé 4 années (Bac Pro et BTS). Même en internat ou en Résidence Universitaire, je n’ai jamais était humilié comme par le passé. J’en ai pleuré, beaucoup pleuré…et puis quant je n’avais plus de larmes, je me suis donné les moyens de me protéger et de faire un deuil de ce mal qui a ruiné mon enfance.
L’obésité ma meilleure alliée
Cette période apaisée m’a permis de faire la paix avec les gens et avec la vie. Après pour sauver ce qui pouvait encore l’être, je suis parti pour Paris…sans regret, sans regarder derrière moi.
J’ai vécu deux ans dans un foyer de jeunes travailleurs – Relais Accueil – Porte de Choisy dans le 13ème. J’y ai passé des moments forts, des moments inoubliables, avec des gens sains à l’esprit sain qui ne m’ont jamais insulté et jamais jugé. Ils m’ont aidé et c’est sans doute grâce à ces rencontres inattendues que j’ai survécu à mon « enfer ».
Le 15 juin 2003 à 9H00 précises, je me suis endormi sur la table d’opération de la Clinique Bachaumont à Paris. Remis entres les mains d’un chirurgien de renom, j’ai subi une ablation de toute la graisse qui s’était accumulée et tassée au bas de mon ventre. Dégraissé et retendu, je me suis réveillé fatigué et « vidé », mais le cœur soulagé d’avoir tourné définitivement la page d’une vie gâchée.
Aujourd’hui installé à Puteaux je repense à ces années. Récemment une amie proche m’a dit involontairement : « tu t’es battu toute ta vie pour avoir ce que tu as aujourd’hui et pour être ce que tu es ». Cette phrase m’a ému tant mon passé chargé m’a abattu.
Je passe encore des nuits difficiles de pleurs, de haine et de hantise. J’ai mal, je souffre, peut-être encore plus qu’hier.
J’en veux toujours à celles et ceux qui m’ont insulté et humilié. Comme un dernier baroud d’honneur, je souhaite que la vie les punisse pour les injustices qu’ils m’ont fait subir. Comme les autres, ils connaitront le malheur et l’adversité.
Ce jour là, je ne me réjouirai pas, je penserai simplement que la roue a tourné et que c’est à leur tour de payer la facture, aussi lourde soit-elle. Dans tous les cas : je ne verserai pas une larme pour ces femmes, ces hommes, qui ont à un moment de leur adolescence ou de leur vie oublié d’être…humain !
Au grand tribunal de la vie, je poserai cette question : « pourquoi moi ? ». Personne ne me répondra, il me faut donc vivre avec cela. C’était mon destin, ma fatalité… C’est toute l’histoire de ma vie et cela constitue mon principal héritage. J’ai assumé cette charge et je continuerai a assumer tous ces moments gâchés, toute cette adolescence qui m’a été volée.
Mon obésité a été le résultat d’une forte prise de corticoïdes, qui n’ont d’ailleurs jamais résolu ma première maladie : l’asthme. Le prix à payer est bien trop lourd.
J’ai 30 ans, je taille en 40 et en M, je n’ai pas de tare physique trop visible (à part un gros nez), j’ai une cicatrice de 48 cm en bas du ventre…et pourtant, même dans mes relations sociales et sexuelles, je garde la vision d’un mec trop gros. Après les efforts consentis pour maigrir et après subi une intervention chirurgicale lourde, je reste gros dans ma tête et dans ma vie sociale.
Mon prochain combat sera d’essayer de faire la paix avec moi-même. Ce sera sans doute le plus long et le plus dur à mener.
Je ne serai jamais mince, jamais beau, jamais fier de mon corps. Mais par respect pour la liste des personnes qui m’ont aidé à devenir ce que je suis aujourd’hui, je tiendrai ce pari audacieux qui me prouvera que la vie mérite d’être vécue.
Dans ce tableau si sombre il est possible de trouver quelques points positifs. Cette lutte permanente contre la médiocrité, la haine et la méchanceté des hommes, a décuplé ma force morale. L’on me surnomme souvent « l’incorruptible » ou « l’indéboulonnable ». Un caractère affirmé et un soupçon d’humour sarcastique, tel est mon visage de 2006.
Du garçon faible et pleurnichard, je suis passé au stade de l’homme respectueux, engagé, tolérant et carré. Je déteste le manque de volonté et de conviction. Pour être compris et entendu, il faut apprendre à parler plus fort que les autres. Etre respecté, c’est aussi savoir se faire respecter. Je n’ai que des défauts…mais une qualité majeure : je suis juste.
Je souhaite beaucoup de courage à celles et ceux qui m’ont souillé hier, et qui se trouveraient bien dépourvus aujourd’hui en essayant de s’attaquer à moi. J’avoue sans honte, me délecter chaque jour des nouvelles qui me parviennent de ces anciennes connaissances.
Je puise ma force au sein de ma famille, de mes amis, de mon travail et de mes relations sociales. Cette réussite représente ma revanche ou ma « vengeance » sur la vie.
La « liste » de Régis
Ma grand-mère disparue, pour son soutien éternel.
Mes parents et mon frère, pour leur forme de courage.
Stéphanie et Nicolas, mes premiers vrais amis à l’âge de 16 ans.
Martine Heim et Dominique Deniau, mes profs de Grenoble qui ont fouillé dans ma tête.
Céline, pour son caractère trempé qui m’a aidé à me faire opérer.
Marc Slama, mon chirurgien, qui m’a rendu un semblant de physionomie.
Marc, Florence, Rachel, qui restent auprès de moi aujourd’hui et qui essayent de supporter mes hauts et mes bas.
Mes autres combats
La lutte contre toute forme de discrimination.
Les conditions de vie des détenus français.
La politique fictive et sans effets, menée par une classe privilégiée.
L’égoïsme et l’égocentrisme qui demeurent des tares humaines.
Le testament d’un gros
A tous les GROS : je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que la vie est belle et facile à vivre. Vous chercherez pendant longtemps l’explication de votre obésité. Vous vous sentirez tantôt victime, tantôt coupable de cette situation. Ne cherchez pas à répondre à une question qui ne trouve aucune réponse. A trop vouloir chercher l’on s’égare souvent. Un matin vous comprendrez que pour survivre à votre enfer sur terre c’est auprès de : votre famille, de vos amis ou de vos rencontres fortuites, que vous vous reconstruirez.
Pour être aimé des autres : il faut s’aimer un peu.
A tous les « casseurs » de GROS : la vie est dure pour tout le monde. Le jour où vous serez confrontés au malheur ou aux difficultés, vous comprendrez que vous avez raté l’essentiel : aimer les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils représentent. Aucun reproche, aucun sentiment. Pour des animaux tels que vous : l’indifférence reste le plus grand des mépris.
12:00 Publié dans Pourquoi ça existe ?, Pourquoi moi ?, Pourquoi politiser ? | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : politique, obésité, santé, ps, ump, jeunes populaires, udf





